On parle couramment de « naturalisation par mariage ». L'expression est pratique, mais elle est juridiquement fausse — et cette confusion coûte cher, parce qu'elle envoie beaucoup de personnes vers la mauvaise procédure et le mauvais formulaire.
Ce n'est pas une naturalisation, c'est une déclaration
Le mariage avec un Français n'exerce de plein droit aucun effet sur la nationalité1. Il n'ouvre pas non plus droit à une naturalisation par décret. Il ouvre droit à autre chose : la possibilité de souscrire une déclaration de nationalité sur le fondement de l'article 21-2 du code civil2.
La distinction n'est pas cosmétique. La naturalisation par décret est une faveur : l'administration peut la refuser même si toutes les conditions sont réunies. La déclaration par mariage est un droit : si les conditions sont remplies, le ministère ne peut l'écarter que pour un motif prévu par la loi, et il doit le motiver.
Quatre ans de mariage — ou cinq
Le délai de principe est de quatre ans à compter du mariage2.
Il est porté à cinq ans lorsque, au moment de la déclaration, l'étranger ne justifie pas d'une résidence ininterrompue et régulière d'au moins trois ans en France depuis le mariage, ou ne rapporte pas la preuve que son conjoint français a été inscrit au registre des Français établis hors de France pendant la durée de leur communauté de vie à l'étranger2.
Autrement dit : le couple qui a vécu à l'étranger sans que le conjoint français soit inscrit au registre consulaire bascule sur le délai de cinq ans. C'est l'un des motifs d'irrecevabilité les plus fréquents, et il se prépare des années à l'avance — l'inscription au registre est gratuite.
Si le mariage a été célébré à l'étranger, il doit avoir été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français2. Sans transcription, la déclaration ne peut pas être reçue.
La communauté de vie, condition centrale
La loi exige que la communauté de vie, tant affective que matérielle, n'ait pas cessé entre les époux depuis le mariage2. Le conjoint doit par ailleurs avoir conservé la nationalité française.
En pratique, l'administration demande des preuves matérielles couvrant toute la période :
- avis d'imposition communs aux deux époux ;
- actes de naissance des enfants communs ;
- documents récents portant les deux noms à l'adresse actuelle3.
Une séparation, même temporaire, ou des domiciles fiscaux distincts non expliqués fragilisent sérieusement le dossier.
Le niveau de français est passé à B2
Depuis le 1er janvier 2026, le niveau de français exigé est le B2, à l'oral comme à l'écrit — le même niveau que pour la naturalisation par décret, sans distinction entre les deux voies4. Cette exigence s'applique aux déclarations souscrites à compter de cette date5 ; celles souscrites avant restent soumises au niveau antérieur.
Tu le justifies par un test TCF ou TEF de moins de deux ans, ou par un diplôme français attestant d'un niveau au moins équivalent au B24.
Les pièces et le lieu de dépôt
La déclaration se fait au moyen du formulaire cerfa n° 15277, en deux exemplaires signés, accompagné notamment de ton acte de naissance original avec filiation, d'un acte de mariage de moins de trois mois, de la preuve de la nationalité française de ton conjoint, des preuves de communauté de vie, du justificatif de niveau de langue et de ton titre de séjour3.
Un point pratique souvent mal rapporté : la déclaration par mariage ne se dépose pas en ligne sur l'ANEF. Tu dois t'adresser à la plateforme d'accès à la nationalité française dont dépend ton lieu de résidence, et selon les plateformes, le dossier se dépose au guichet ou s'envoie par courrier3. Vérifie la modalité exacte de la tienne avant de préparer l'envoi.
Le coût est de 255 € en timbre fiscal, ramené à 127,50 € en Guyane3.
Combien de temps, et à quelle date deviens-tu français ?
Le ministère dispose d'un an pour refuser l'enregistrement de la déclaration, délai porté à deux ans si une procédure d'opposition est engagée3.
Mais le point qui compte le plus est ailleurs : tu acquiers la nationalité française à la date à laquelle la déclaration a été souscrite, et non à la date de son enregistrement6, sous réserve d'une opposition du Gouvernement ou d'un refus d'enregistrement. Un enregistrement tardif ne décale donc pas ta date d'entrée dans la nationalité française.
Refus, opposition et recours
Deux mécanismes distincts, avec deux juges différents :
- Le refus d'enregistrement intervient quand les conditions légales ne sont pas réunies. Il se conteste devant le tribunal compétent dans un délai de 6 mois, avocat obligatoire3.
- L'opposition du Gouvernement, prononcée par décret pour indignité ou défaut d'assimilation autre que linguistique, se conteste devant le Conseil d'État dans un délai de 2 mois, avocat obligatoire3.
Ne confonds pas les deux : le délai et la juridiction changent complètement.
Si ta plateforme impose un dépôt au guichet
Là où le dossier se dépose physiquement, il faut un créneau — et dans les départements les plus sollicités, ces créneaux s'ouvrent par vagues et partent en quelques minutes.
12:41
Lundi 21 octobre
GuichetLibre
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Un créneau vient de se libérer à ta préfecture pour ta démarche de nationalité. Réserve-le vite.
GuichetLibre surveille la page officielle de réservation à ta place et t'alerte par SMS dès qu'une date apparaît. Tu réserves toi-même, sur le site officiel : nous ne réservons jamais à ta place et nous ne constituons aucun dossier.
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Cet article est fourni à titre informatif et ne remplace pas les informations officielles de service-public.gouv.fr, ni l'avis d'un avocat ou d'une association spécialisée pour ta situation personnelle.
Sources
-
Déclaration de nationalité française par mariage — Service-public.gouv.fr ↩ ↩2 ↩3 ↩4 ↩5 ↩6 ↩7
-
Nationalité française : comment justifier de son niveau en français ? — Service-public.gouv.fr ↩ ↩2
-
Décret n° 2025-648 du 15 juillet 2025 portant modification du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 — Légifrance ↩