Certificat de nationalité française : qui en a besoin, et qui n'en a pas besoin

GuichetLibre · Mis à jour le 14 août 2026

Le certificat de nationalité française est le document le plus demandé à tort de tout le droit de la nationalité. Des personnes naturalisées depuis six mois le réclament parce qu'un guichet le leur a demandé ; des Français nés en France de parents français font la queue pour un papier qu'ils n'auront jamais à produire. La règle officielle tient en une phrase : le CNF ne s'exige que lorsqu'aucun autre justificatif de nationalité ne peut être produit1.

Cette page dit d'abord si tu en as besoin. Ensuite, si oui, comment l'obtenir.

Commence par vérifier que tu en as besoin

Pour une première carte nationale d'identité ou un passeport, l'administration accepte plusieurs justificatifs de nationalité, dans cet ordre1 :

  • une carte d'identité ou un passeport français en cours de validité, ou périmé depuis moins de cinq ans ;
  • un acte de naissance de moins de trois mois si tu es né en France d'au moins un parent français ;
  • un acte de naissance portant en mention marginale l'acquisition de la nationalité française ;
  • un acte de naissance établi par le service central d'état civil de Nantes ou par une autorité consulaire, si tu es né à l'étranger ;
  • une déclaration d'acquisition de la nationalité française enregistrée — c'est le cas des déclarations par mariage ;
  • l'ampliation du décret de naturalisation ou de réintégration ;
  • et seulement à défaut de tout cela, un certificat de nationalité française1.

Les cas où le certificat devient réellement utile sont ceux où la chaîne de preuve est cassée : filiation à établir sur plusieurs générations, actes d'état civil étrangers contestés, nationalité par filiation qu'aucun document français ne constate, ou situation où un employeur public exige formellement ce document. Service-public.gouv.fr cite d'ailleurs comme motifs typiques une première demande de titre d'identité, un concours de la fonction publique ou un emploi dans le secteur public2.

Qui le délivre — et pourquoi ce n'est pas la préfecture

L'article 31 du code civil ne laisse aucune marge :

Le directeur des services de greffe judiciaires du tribunal judiciaire a seul qualité pour délivrer un certificat de nationalité française à toute personne justifiant qu'elle a cette nationalité3.

Ni la préfecture, ni la mairie, ni le consulat, ni un avocat ne peuvent en délivrer un. Et tous les tribunaux ne sont pas compétents : l'article 31-1 renvoie à un décret le soin de fixer le siège et le ressort des tribunaux judiciaires et des chambres de proximité habilités3. Autrement dit, le tribunal le plus proche de chez toi n'est pas forcément celui qui traite les CNF — vérifie avant de déposer.

La compétence territoriale suit trois règles simples2 :

Ta situationTribunal compétent
Tu résides en FranceLe tribunal judiciaire ou de proximité compétent pour ton domicile
Tu résides à l'étranger et tu es né en FranceLe tribunal de ton lieu de naissance
Tu résides à l'étranger et tu es né à l'étrangerLe tribunal judiciaire de Paris

Le dossier : un formulaire, des pièces, aucun frais

La demande se présente au moyen du formulaire cerfa n° 16237, rempli, daté et signé2. Ce formulaire et la liste des pièces à joindre ont été fixés par l'arrêté du 12 août 2022, entré en vigueur le 1er septembre 2022 ; le formulaire se retire au tribunal ou se télécharge sur les sites de la justice et de service-public.gouv.fr4.

Trois points qui font échouer des dossiers :

Les pièces doivent être des originaux. Les exceptions sont rares : la pièce d'identité, et les documents dont il n'existe qu'un exemplaire, comme un livret de famille2.

Les documents en langue étrangère doivent être traduits par un traducteur agréé auprès d'une cour d'appel2. Une traduction faite par un proche, ou par un traducteur non inscrit, fait retomber le dossier dans la pile des demandes incomplètes.

La demande est personnelle. Un majeur la dépose lui-même. Entre 16 et 18 ans, le mineur peut la déposer seul ou ses parents peuvent le faire pour lui. En dessous de 16 ans, ce sont les parents. Une personne sous tutelle est représentée par son tuteur ; une personne sous curatelle demande elle-même2.

C'est gratuit. Aucun timbre fiscal, aucun frais de dossier2.

Les délais : six mois, prorogeables deux fois

L'article 1045-1 du code de procédure civile organise l'instruction5 :

  • le directeur des services de greffe procède aux vérifications nécessaires et peut réclamer des pièces complémentaires ;
  • il délivre un récépissé quand le dossier est complet ;
  • à compter de ce récépissé, une décision doit intervenir dans un délai de six mois ;
  • ce délai peut être prorogé deux fois pour la même durée, soit dix-huit mois au maximum ;
  • l'absence de décision au terme de ces délais vaut rejet.

Ce dernier point mérite d'être lu deux fois. Le silence ne signifie pas que le dossier est encore à l'étude : passé le délai, il y a juridiquement un refus, et c'est de cette date que court le délai pour contester. Attendre poliment une réponse, c'est laisser filer un recours.

Depuis le 1er septembre 2022, les refus sont notifiés soit par remise en main propre contre signature, soit par lettre recommandée avec avis de réception2.

Refus : ce qui a changé le 1er septembre 2022

C'est le point sur lequel une grande partie des pages en ligne est périmée, y compris des pages de cabinets d'avocats.

Avant le 1er septembre 2022, l'article 31-2 du code civil prévoyait un recours hiérarchique : en cas de refus, on saisissait le ministre de la justice, qui décidait s'il y avait lieu de procéder à la délivrance.

Depuis, le décret n° 2022-899 du 17 juin 2022 a supprimé ce recours et l'a remplacé par un recours contentieux6. L'article 31-3 du code civil dispose désormais que la personne à qui la délivrance est refusée peut saisir le tribunal judiciaire, qui décide s'il y a lieu de procéder à cette délivrance3.

L'article 1045-2 du code de procédure civile en fixe les modalités5 :

  • la contestation se forme par requête remise ou adressée au greffe du tribunal judiciaire ;
  • le demandeur doit constituer avocat ;
  • l'action est introduite, à peine de forclusion, dans un délai de six mois à compter de la notification du refus ou de l'expiration des délais d'instruction ;
  • le tribunal statue selon la procédure écrite ordinaire, et décide qu'il y a lieu de procéder à la délivrance s'il constate la nationalité française du demandeur.

Ce que vaut le certificat une fois obtenu

L'article 31-2 du code civil précise ce que contient le certificat — le fondement légal de la nationalité et les documents qui l'établissent — et lui donne sa force probante : il fait foi jusqu'à preuve du contraire3. Ce n'est donc pas une vérité absolue mais une présomption, que l'administration ou un tiers peut renverser en apportant la preuve inverse.

Aucun des articles 31 à 31-3 du code civil ne fixe de durée de validité au certificat, et la fiche officielle n'en mentionne aucune23.

Où ce document s'insère dans un parcours de naturalisation

Dans un parcours normal, il ne s'y insère pas. L'ordre habituel est : dossier déposé sur l'ANEF, examen civique réussi, niveau B2 justifié, entretien d'assimilation en préfecture, puis publication du décret au Journal officiel et établissement de ton état civil français à Nantes. À la sortie de cette chaîne, tu as tout ce qu'il faut pour une carte d'identité et un passeport.

Le maillon qui bloque le plus souvent n'est pas le certificat : c'est l'entretien. Dans beaucoup de préfectures, les créneaux ouvrent sans préavis et disparaissent en quelques minutes.

12:41

Lundi 21 octobre

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Active une surveillance à Paris, Lyon, Marseille ou dans toutes les préfectures couvertes. Pour vérifier les conditions de fond, reviens à la naturalisation par décret ; si ta nationalité vient d'un mariage, c'est la déclaration par mariage qui te concerne.


Cet article est fourni à titre informatif et ne remplace pas les informations officielles de service-public.gouv.fr, ni l'avis d'un avocat ou d'une association spécialisée pour ta situation personnelle.

Sources

  1. Carte d'identité, passeport : comment prouver sa nationalité française ? — Service-public.gouv.fr 2 3

  2. Certificat de nationalité française (CNF) — Service-public.gouv.fr 2 3 4 5 6 7 8 9 10

  3. Articles 31 à 31-3 du code civil — Légifrance 2 3 4 5

  4. Arrêté du 12 août 2022 relatif au modèle de formulaire de demande de certificat de nationalité française et aux pièces à joindre — Légifrance

  5. Articles 1045-1 et 1045-2 du code de procédure civile — Légifrance 2

  6. Décret n° 2022-899 du 17 juin 2022 relatif au certificat de nationalité française — Légifrance

Questions fréquentes

Qui délivre le certificat de nationalité française ?+

L'article 31 du code civil est catégorique : le directeur des services de greffe judiciaires du tribunal judiciaire a seul qualité pour délivrer un certificat de nationalité française. Ce n'est ni la préfecture, ni la mairie, ni le consulat, ni un avocat. Seuls les tribunaux judiciaires et chambres de proximité désignés par décret sont compétents.

Le certificat de nationalité française est-il obligatoire après une naturalisation ?+

Non, dans la très grande majorité des cas. Pour une carte d'identité ou un passeport, l'ampliation du décret de naturalisation est un justificatif de nationalité accepté à part entière, tout comme l'acte de naissance établi par le service central d'état civil de Nantes. Le certificat de nationalité française n'est exigé que lorsqu'aucun de ces documents ne peut être produit.

Combien coûte un certificat de nationalité française ?+

Rien. La demande est gratuite. Le formulaire cerfa n° 16237 se retire au tribunal ou se télécharge sur les sites de la justice et de service-public.gouv.fr.

Quel est le délai pour obtenir un CNF ?+

Le tribunal dispose de 6 mois à compter du récépissé attestant que le dossier est complet. Ce délai peut être prorogé deux fois pour la même durée, soit 18 mois au maximum. L'absence de décision au terme de ces délais vaut rejet de la demande.

Comment contester un refus de certificat de nationalité française ?+

Depuis le 1er septembre 2022, le recours devant le ministre de la justice n'existe plus. La contestation se porte directement devant le tribunal judiciaire, par requête déposée au greffe, avec un avocat obligatoire, dans un délai de 6 mois à peine de forclusion à compter de la notification du refus ou de l'expiration des délais d'instruction. Reste ouverte, sans condition de délai, l'action déclaratoire de nationalité française.

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